Par le Dr Ernesto ILLY, président de la Société illy caffe, à Trieste.
Article paru dans ®Pour la Science N°298 d'Août 2002 reproduit avec l'aimable autorisation de l'éditeur conformément à la loi du 11 mars 1957.
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| Les cerises de café sont traitées immédiatement après leur récolte, pour qu'elles ne s'abîment pas. Les producteurs commencent par étaler les cerises dans une cour au soleil, sur des claies, et ils les remuent souvent à mesure qu'elles se dessèchent. Ainsi, elles sont réchauffées et aérées régulièrement. Lorsque les deux enveloppes, la parche et la pellicule qui protègent les grains ainsi que la pulpe sont sèches, on les élimine par un procédé de décorticage en «pilant» les fruits ; les grains — ou fèves — de café sont alors triés et mis en sac.
Ce procédé par voie sèche est essentiellement appliqué au café Robusta. Au contraire, Arabica est traité par voie humide. La pulpe des fruits est éliminée par fermentation, puis les fruits sont lavés et débarrassés de la parche et de la pellicule. Les fèves sont séchées, nettoyées, calibrées, puis ensachées. On cherche à réduire l'humidité de la graine de café, de 65 pour cent à 10 pour cent. Pour obtenir un bon café, on doit impérativement partir d'un café vert irréprochable. Les producteurs de café haut de gamme utilisent de nombreuses techniques pour minimiser la proportion des grains défectueux, par exemple la fluorescence par les ultraviolets qui révèle les grains moisis, ou encore la visualisation trichromique qui fournit une empreinte colorimétrique (jaune-vert, rouge et infra-rouge) des lots de grains de café. Lorsque les grains de café sont triés pour être ensachés, ils passent devant des cellules photoélectriques qui détectent les coques vides, les-quelles sont éliminées par un jet d'air comprimé. Cette opération de tri est rapide (400 grains de café par seconde) et sa précision dépasse celle des yeux les plus entraînés. Une fois le café traité, il doit être torréfié, pour que l'arôme du café se développe : on chauffe les grains à très haute température, amorçant des réactions chimiques qui multiplient les substances volatiles à l'intérieur du café. Tandis que l'arôme de café vert (non torréfié) est constitué de quelque 250 molécules volatiles, le café torréfié en comprend plus de 800! |
En quelques chiffres
Avec plus de 400 milliards de tasses consommées chaque année, le café est la boisson la plus populaire au monde (en dehors de l'eau, bien sûr). ✹ Le café occupe la deuxième place des produits commercés dans le monde après le pétrole en termes de dollars échangés dans le monde entier (environ $ 10,4 milliards de dollars en exportations en 2000). ✹ Selon un sondage réalisé par la SCAA en 2001 auprès d'un échantillon de 3000 Américains : 52% des adultes (âgés de plus de 18 ans) aux États-Unis, déclarent boire du café tous les jours, soit 107 millions de buveurs quotidiens. 28 autres % des adultes (57 millions) déclarent boire du café de façon occasionnelle. Un buveur de café américain consomme, en moyenne, de 3.3 tasses de café par jour. ✹ Une controverse se poursuit quant à savoir si la culture du café d'ombre doit être encouragée afin d'améliorer les habitats des oiseaux. En fait de qualités arômatiques, les cafés d'ombre sont très réputés. ✹ Le café et la caféine ont été l'objet de nombreuses études scientifiques au cours de le dernier quart d'un siècle, avec 1500 à 2000 articles publiés chaque année sur le sujet. Malgré cela , peu d'effets négatifs sur la santé ont pu être imputés définitivement à la consommation modérée (deux tasses par jour) de la caféine du café. En fait, les travaux récents indiquent que le café torréfié peut être une bonne source d'antioxydants. |
La torréfaction libère aussi un bouquet de molécules aromatiques, volatiles, qui donnent au café son arôme. Dans les cellules végétales du grain de café dont les parois épaisses sont étanches, la pression est entre 20 et 25 fois supérieure à la pression atmosphérique, car le dioxyde de carbone et la vapeur d'eau dégagés par la chaleur s'accumulent dans les cellules. Certaines cellules finissent par éclater, et ce crépitement caractérise le café en cours de torréfaction.
| Les chimistes étudient les arômes qui se dégagent durant la torréfaction des fèves, en utilisant la chromatographie en phase gazeuse, ainsi que l'olfactométrie, c'est-à-dire en faisant appel à des testeurs professionnels qui hument les échantillons et identifient les constituants d'un mélange. La spectrométrie de masse fournit la nature chimique de chaque substance odorante. Quand on respire les constituants séparés par spectrométrie, on reconnaît l'odeur de la rose, du thé Darjeeling, du chocolat, de la vanille et de la violette, ou encore celle de la truffe, de la soupe, du fromage, de la transpiration, des confiseries et même l'odeur de chat, qui, diluée, rappelle l'odeur du sauvignon blanc, mais qui, concentrée, est écoeurante.
On repère généralement les odeurs dominantes. Imaginez que vous écoutiez l'enregistrement d'un choeur de 800 chanteurs (les 800 espèces chimiques du café), au milieu desquels s'élèvent les voix puissantes de Jessye Norman, de Luciano Pavarotti et d'autres virtuoses, qui dominent l'ensemble. Quand le volume est faible, les voix les plus fortes sont les seules à ressortir. De même, quand on dilue l'arôme du café, seuls persistent les composés les plus intenses. Mal-heureusement, les molécules les plus odorantes dans un échantillon de café sont celles que dégagent les fèves défectueuses. Des molécules, telles que l'éthylbutanoate et l'éthylglycolate, responsables de l'arôme désagréable des grains de café immatures, peuvent gâter une tasse de café. De même, le méthylisobornéol et le trichloroanisol confèrent aux cafés Robusta leur odeur caractéristique de terre. Le trichloroanisol, également nommé le goût de Rio parce qu'il fut découvert pour la première fois dans les cafés cultivés dans les environs de Rio de Janeiro, peut aussi être présent dans les vins qui ont un goût de bouchon. Le système olfactif humain est extrêmement sensible à cette substance, puisqu'il perçoit six millionièmes de milliardième de gramme par millilitre. La dernière étape pour la préparation d'une tasse d'expresso est l'extraction par de l'eau chaude des composés aromatiques présents dans le café moulu. L'interaction de l'eau avec le café moulu diffère selon qu'on prépare un café filtre ou un expresso. Lors de la préparation d'un café filtre, l'eau traverse un agrégat peu compact de parti-cules de café moulu de taille moyenne. Pendant les quatre à six minutes de contact avec l'eau bouillante, la majeure partie des substances solubles présentes dans le café torréfié se dissout dans l'eau : de nombreuses espèces acides et la caféine sont entraînées dans la tasse. Au contraire, le temps de percolation beaucoup plus court utilisé pour la préparation d'un expresso laisse passer moins d'acides et seulement 60 à 70 pour cent de la caféine. La préparation d'un expresso nécessite une machine où l'eau est portée à une température comprise entre 92 et 94 °C, sous une pression de neuf atmosphères. Le café moulu est placé dans un petit récipient perforé. Les particules compactées adhèrent grâce à une mince pellicule d'huile visqueuse. L'ensemble constitue un labyrinthe très dense de minuscules conduits d'air. La résistance hydraulique d'un tel assemblage est légèrement inférieure à la pression de l'eau chaude, de sorte que le liquide s'écoule à une vitesse de l'ordre de un millilitre par seconde. Le temps de percolation idéal pour la fabrication d'un expresso est égal à 30 secondes. En 30 secondes, un serveur de bar expérimenté prépare 30 millilitres de café serré, recouvert de l'indispensable mousse. Si la mousse est claire, cela signifie que l'extraction n'a pas été suffisante, probablement parce que la mouture était trop grossière, que la température était trop basse ou le temps d'extraction trop court. Si la crème est très foncée et qu'elle est «trouée» en son centre, cela signifie que la mouture était trop fine, ou la quantité de café excessive. Un expresso dont l'extraction a été trop longue a une mousse blanche à grosses bulles ; dans ce cas, l'eau était sans doute trop chaude. Quand il y a juste un tout petit peu de mousse au centre de la tasse, c'est que le temps d'extraction a été trop long. |
En quelques dates
1000 - 500 Av JC - La tribu nomade Oromos, vivant dans le royaume de Kefa (de nos jours Éthiopie), mangeait du café, broyé, mélangé à de la graisse et modelé en forme de balle de golf en guise d'apéritif. Autour de 600 Av JC . Le café est introduit par les commerçants à travers la mer Rouge en Arabie (actuel Yémen). Au XVe et XVI e S . Les grains de café, jusque là monopole d'Arabie, sont introduit en Turquie, en Syrien et en Egypte par les pèlerins musulmans de retour de La Mecque. Des Maisons de Cafés s'ouvrent à l'image de ceux d'Arabie à Constantinople, Damas et d'autres villes du Proche-Orient, où les commerçants européens, en particulier les Vénitiens, découvrent dans la boisson. Au XVIIe S. appelée "l'amère invention de Satan," les conseillers du Pape Clement VIII le supplient instamment de rejeter la boisson préférée des infidèles Ottomans. A contrario, il décide de donner la bénédiction papale au café, ce qui le rend acceptable aux catholiques. 1616 ap JC - Des entrepreneurs néerlandais commencent commercer le café à grande échelle à partir de plantations du Yémen. En 1658 (selon certaines sources, les années 1690), les Néerlandais cultivent de plus en plus de café à Ceylan et dans leur colonie des Indes orientales de Java. 1714 - Le maire d'Amsterdam présente au roi de France Louis XIV, une usine de transformation de café de Java. 1723 - Gabriel Mathieu de Clieu, un officier de la marine française, introduit trois plants de café (obtenus de la Royal Botanical Gardens dans des circonstances douteuses) après un périlleux voyage à la Martinique, où il développe une unité de production. 1727 Après avoir été appelé à arbitrer un différend frontalier entre les deux colonies de café, Guyane hollandaise et de la Guyane, Francisco de Melo Palheta, un fonctionnaire portugais brésilien, subtilise plusieurs plants de café . 1903 - café importateur allemand Ludwig Roselius perfectionne café décaféiné. 1933 - Francesco Illy brevets de la première machine à espresso automatique. 1961 - Valente Ernesto de Faema, un fabricant italien de machines à café, l'archétype de la conception moderne de la machine à espresso. |

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